La culture

La culture, parfois doublure misérable de la capacité de créer. Elle empêche parfois l’art. (Je suis poli) On ne sait plus écouter, juger, encore moins sortir, sortir de l’oreille collective qui ne rend qu’une plume consentante, table ronde faite uniquement de pieds. Il ne faut pas critiquer les œuvres modernes, au contraire leur trouver une justification. Une justification, c’est la rencontre entre leur langue propre, a géométrie variable et certaine, et ce que ces mêmes signes nous rappellent en tant qu’évènement qui arrive en ce moment, rencontre entre un système basé sur la mémoire et un abstrait – car l’efficacité du choc vient de ce que les deux imprègnent le neuf. Le canon lui n’est pas observé, tout est de l’ordre de l’obligation, jamais de la nécessité – aucun dialogue entre l’abstrait virulent de Kandinsky et la même guerre des profondeurs d’un Schiele. Culture, détestable idée de garder des choses sans aucun désir de les écouter – on n’en voit que la surface, sans soif ni satiété, sans sens, sans que l’oeuvre ne crée en nous quoi que ce soit. Pour quel confort refait-on certaines choses? Je sais que la tradition est forte, que fort est le rituel, et sa transmission est d’une grande importance, mais pourquoi tant ont-ils peur du temps? As-tu peur du temps? Rappelez-vous Zénon, et Parménide : la graine gît dans le futur, et la terre, le humus est au passé, autant que l’inverse, ainsi voguons nous en aval et en amont (au commencement était l’achèvement). Nous avons comme êtres vivants le but d’acquérir des habitudes: elles endorment les sens, et délèguent à des forces sombres l’observation du monde autour de nous, autour de notre monde. La peur ne vient que de là, la peur est le petit reste de clairvoyance qui reste quand tu es engourdi-e. La culture est parfois nécessaire, pour sauver de l’oubli, d’accord – mais elle empêche l’autre grande force de notre espèce, notre capacité à nous adapter, apprendre, nous instruire, et communiquer. Elle endort, materne le plus téméraire, comme elle peut devenir l’outil final, la dernière maîtrise pour la personne la plus créative. Difficile d’apprendre dans la culture, autour, de saisir son écoulement, facile de l’entendre comme une sirène, mais pour nos mains elle n’est que des charbons ardents – ou bien le métier de Pénélope. Il faut apprendre à oublier: comme le soleil, nos mains sont chaque jour neuves. Ce n’est pas non plus qu’il faille faire chuter, forcer l’érosion de la culture, ni critiquer l’idée de culture, car nous ne pouvons pas faire sortir nos pensées d’une idéologie : pourquoi se plaindre d’être subjectif? La culture permet de dépasser la mode, de la même manière qu’elle est la cause des modes.
Je ne propose rien, rien qui ne soit objectif – les plus idiots se croient neutres, alors qu’il faut du courage pour penser la culture. Mais dans le cas de la musique, pourquoi ne pas jeter des filtres modernes sur les créations du passé ? Je pense à l’acoustique. Pauvre mécanisme de l’air, délaissé par le jardin des statues de notre cher canon musical… Mécanisme de l’air, pont entre l’instrument et le résultat, garant de l’harmonie. Et tant, volant si haut, oublient les quelques réalités les plus physiques de notre art – la maîtrise du mouvement, l’épaisseur de l’air, le contrôle de sa vitesse. Je vois un art divin comme la sculpture et je me dis que nous sommes dépourvus d’une pareille avance en musique, nous dévorons toujours le même pain, perdant goût et perdant le goût du temps, le fait que chaque instant est unique (c’est notre avantage sur l’espace par rapport au temps, le temps ne peut se perdre, malgré sa flèche, l’espace se dissout dans le fait que son expérience ne peut être linéaire, toujours sujette à moi, le temps s’impose à nous, nous l’épousons.) On fait de maigres offrandes à la salle de concert, on dédie, fait monter aux cieux les encens des relents d’animaux sacrifiés (ces chers compositeurs).
Certains prétendent voir des couleurs, sentir certaines choses, a l’écoute de la musique. Qui ose entendre des sons? Qui se met entre l’océan de la mémoire qu’éveille la musique, et la montagne formelle, qui donc se fait petit nuage irriguant la montagne?
Je suis furieux que personne n’aille au fond de l’air. Certes la culture est une assurance, mais qui sonde le son de l’énergie? Rares sont ceux qui ne quittent pas la teneur de leurs affirmations. La candeur de leurs “oui” – mais personne n’étale de questions – la violence du poing d’interrogation. Le temps est souple, sa teneur bien plus insondable que la parole. Et la musique est de toutes les choses la seule qui n’en soit pas une. Elle est comme une particule qui donne sens au vide, une direction au chaos (avant de parler de forme), une flèche à notre expérience. Nous devons lui donner le courage.
L’art, tout art, l’ancienne science, se nourrit de l’autre, y va. Le travail, intégrant a l’art, nous rend égaux, tout comme il nous rend uniques. Le travail, pas l’art. Au début de l’art, de maigres dessins faits dans le noir, sur une roche qui transpire. Une trace du multiple qui est toujours notre source, une promesse de donner naissance à ce bel autre qui dort en nous.
Si l’art conserve, rappelle, à quoi bon les anniversaires si ce n’est pour déterrer une mascotte de l’année – pourquoi attendre les 50, les 100, les 250 pour mettre en gloire un chaton ?
Le canon, la bible, les grands livres de notre répertoire, en fait tu en as peur – regarde les comme une pièce de musée, peut-être comprends-tu l’aura de l’œuvre, pourquoi elle a été intronisée, mais nous sommes acharnés à travailler – cela nous rend sensibles, en un sens plus que les autres (qui sont-ils? Peut-être eux ont-ils faim…) et moins sensibles en un autre (nous connaissons les rouages). Pourquoi rester apathique ? La raison d’être de la musique est le flux d’information – d’émotion par conséquent, sa densité, sa retenue aussi (comme durer sans se retenir?)
Apathy is death – worse than death, because at least a rotting corpse can feed the living.65869697_2438444866220729_7244273947494055936_n

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