Partition

22788871_1913197749007339_2780353522488749732_nOn est bien plus que ce qu’on peut imaginer. ne pas être né dans quelque chose, y être entraî-né, ballotté, comme une rivière dont on est à la cime (“rêvant, je suis chassé par un tigre, et je suis le tigre”). Je ne suis pas (de, issu de) la musique, mais elle est moi; tout traverse sa vision du monde, de même qu’elle me traverse à travers une mémoire bourgeonnante. On respire et on s’entend respirer parce qu’on est musicien, c’est la réflexion finale, la musique, la dernière manière de penser, de ressentir le monde, ses amis, vous. On suspend le temps, on trouve de quoi le trouer, le dominer, comme un instinct sublime de savoir l’avant et l’après de tel ou tel mot (pourquoi la poésie ou les grandes phrases importantes sont-elles plus grandes qu’elles n’en ont besoin?
la partition c’est une sculpture, indomptable, irréfutable, c’est la seule certitude (à un certain degré), c’est l’interface. on doit aussi faire, à notre tour, quelque chose d’irréfutable, qui résiste à toute critique: chaque objet créé n’a un futur chez autrui que dans la contemplation et son ciel étoilé, ou la critique (l’une fait plus de bruit que l’autre, mais n’entre pas plus loin en qui écoute, observe). Si la partition est une sculpture, nous devons être l’air autour, la faire siffler, chanter, brûler, éteindre, l’enrober, la ceindre de toutes les couleurs que nos mains et nos corps sont capables de produire (l’inverse d’une sculpture, toute solide, montrant un sujet, alors que la musique est une nuée, une pluie dont le métier est de dorer la sculpture). c’est du risque, c’est aussi une peur de se savoir grandi par cette expression, cette chose qui sort de nos mains, qui fait parler nos mains. pas de différence entre le son imaginé et le son produit, la musique (entre la tête et la main). ça permet de transcender le son. on croit que notre vie est la seule à être régie par le bon ou le mauvais, par l’erreur. mais comment apprendre, désirer, autrement qu’en se sachant unique sur notre chemin, comment être autrement qu’en ayant des mains uniques, aussi uniques que notre tête? l’art, produire des choses, annule toute frontière. C’est le pari génial et tout intérieur (intérieur pour le moment) de qui aime… aimer et montrer son amour, le révéler à soi-même – amour de tout, s’il choisit son ‘tout’ indépendamment du monde et ses flèches, s’il choisit les éléments de sa vie selon sa chimie des émotions. à certains moments, même les pensées deviennent des distractions, surtout elles – car elles ne se connaissent qu’elles-mêmes. Mais le monde, alors? mais l’évènement, l’avènement du monde, ma naissance en lui, l’Eldorado de ma vie, cette découverte? Où se cache-t-il, le monde, parmi ces livres, ces paroles? Où se trouve le visage du monde, du soleil, le visage de (ce) qui apporte?

image: Brancusi, Prométhée (1911)

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