Pierre Boulez, le marteau sans maître

On ne voit plus le son de la meme maniere depuis Boulez, il a fait de sa vision une verite, la plus vraie peut-etre, car elle est en correspondance avec notre temps. Ses enregistrements sont une emotion jaillie du texte, de l’intention – de cette trajectoire qu’il percevait en tant que compositeur, de cette lutte d’intentions entre transgression et adoration. Ses Mahler sont plus charges de sens que le cri d’un Bernstein, son idealisme de la force de la musique en tant qu’elle-meme, sa foi en l’auto-suffisance de la musique, l’ont amene a se tourner vers Bruckner – ce pourquoi je remercie tous les dieux du ciel. Ce n’est jamais le Debussy de Boulez qu’on entend quand on l’entend diriger, ni le Wagner de Wagner qu’il dirige, mais c’est pour toujours une vision moderne, adaptee au changement de l’epoque, interpretations jamais critiques ou restreintes, mais toujours affirmatives.

Oserai-je parler de coup de maitre? Boulez baigne dans ses desirs les plus fous. Il connait maintenant l’acoustique, et se delecte de l’anarchie, de l’incompatibilite des instruments qu’il utilise (en termes de qualite de son, d’attaque, de rondeur, d’emission). Flute, Xylorimba, Virbaphone, une grande percu, guitare, alto, et chant. On ose tout, et Boulez construit une fresque, affirme chaque couleur, chaque instrument – c’est ca aussi la clarte dont on a fait de Boulez le saint patron, c’est la clarification des textures grace a l’essence coloristique de chaque couche, c’est diviser un accord grace a ses couleurs differentes – et non ses hauteurs. Oeuvre dantesque – lui c’est Virgile – ou le serialisme se mele au sensualisme le plus troublant, donnant une impression d’instabilite, entre le rationnel et la volupte – une constante lutte dans son oeuvre. La chose la plus folle, c’est cette maniere qu’il a de dompter le serialisme integral – celui des dynamiques notamment – pour creer un tapis sonore qui est uni dans sa totalite, mais, quand il est pris instrument par instrument, est deconstruit, cesse de suivre une logique emotionnelle. C’est la un aspect majeur de la poetique d’Aristote qui arrive: l’oeuvre ne fait sens, et emotion, que dans sa totalite, celle-ci etant superieure a la somme des parties.
Qu’on ecoute le solo de flute du troisieme mouvement, pour voir la transcendance, l’effervescence d’un Ravel qui se delecte de convulser une flute sur scene, On peut parler d’un contrepoint dans l’oeuvre, forcé, car les voix se doivent de coexister – on sort de la pensee de Messiaen qui prone la logique de chaque partie. Mais ici chaque couleur participe de l’expression d’autres, et chaque rythme – rarement identiques verticalement – se demarque dans l’espace – le Domaine! – musical.

 

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